B/ Comment localiser le sang visible et invisible?

       Après la prise des indispensables photographies des lieux, les enquêteurs doivent procéder à un examen minutieux de la scène de crime afin de repérer les taches de sang. Ils se posent alors des questions qui vont avoir une grande importance dans la suite de l’enquête: « Est-ce du sang ? Est-il humain ?  »

       Pour ne pas leur faciliter la tache, il arrive bien souvent que les criminels,  plutôt méticuleux, essayent de faire disparaître les taches de sang, ce qui ne sert à rien face aux moyens modernes et techniques de la police scientifique capable de retrouver une tache de sang même consciencieusement nettoyée.

       Il faut donc que les enquêteurs soient très attentifs quand ils effectuent leurs recherches.

 

1- Les tâches visibles vont être analysées pour vérifier qu’il s’agit bien de sang humain.

S’agit-il de sang ?

       Devant un échantillon inconnu, ou dans la recherche de traces biologiques, les résidus sont loin d’avoir le niveau de fraîcheur ou la quantité disponible dans les tests classiques du milieu hospitalier.

       Un tissu de 3 mm2 taché de sang suffit à une analyse.  Pour le sang, comme pour toute matière biologique en général, l’eau, l’humidité, la chaleur, l’exposition au soleil sont autant de conditions qui altèrent l’échantillon et compromettent l’analyse.

       Bien qu’il existe de nombreux ennemis face à la conservation du sang, il y a différentes méthodes qui permettent de savoir si l’échantillon contient du sang malgré son manque de fraîcheur ou d’abondance :

 

-          La méthode d'orientation (la moins fiable) : elle consiste en l'utilisation d'eau oxygénée (solution aqueuse de peroxyde d’hydrogène H2O2). Ce test a été découvert par le chimiste allemand Schönbein en 1863. Il se caractérise par une effervescence : lorsque l’on applique de l’eau oxygénée sur un tissu ou s’est fixée  de l’hémoglobine, de la mousse blanche apparaît. L’effervescence est due au dégagement d’oxygène.

Mousse

       L’eau oxygénée se décompose selon l’équation suivante :

H2O2 + H2O2  ----------->  2 H2O  +  O2

       Cette équation  est une réaction d’oxydoréduction: une réaction d’oxydoréduction est une réaction qui met en jeu un transfert d’électron entre ses réactifs. Les transferts d’électrons s’effectuent du réducteur Red1 d’un couple Ox1/Red1, à l’oxydant 0x2 d’un autre couple 0x2/Red2 :

aRed1 + bOx2 -----------> cOx1 + dRed 2

       Pour établir cette équation, on réalise une combinaison des demi-équations d’oxydoréduction de deux couples oxydants/réducteurs de façon à ce que le réducteur Red1 et l’oxydant Ox2 soient les réactifs et que les électrons transférés n’apparaissent pas dans le bilan.

       Ici, le peroxyde d'hydrogène intervient dans deux couples oxydant/réducteur : H2O2 (aq)/H2O(l) et O2(g)/H2O2 (aq).  

On effectue les deux demi-équations d’oxydoréduction puis on les ajoute :

H2O2(aq) + 2H+(aq) + 2e- = 2H2O(l)

H2O2(aq) = 02(g) + 2H+(aq) +2e -
-----------------------------------------------------
H2O2(aq) + 2H+(aq) + 2e- + H2O2(aq) --> 2H2O(l) + O2(g) + 2H+(aq) + 2e-
H2O2(aq) + H2O2(aq) --> 2H2O(l) + O2(g)
 

 

       Mais nous voyons bien que le sang n’apparaît ni dans les réactifs, ni dans les produits…

       Sans la présence de sang, l’eau oxygénée se décompose en eau et en dioxygène mais la réaction est très longue. La molécule d’hémoglobine du sang est donc un catalyseur : elle accélère la réaction ! 

       Si l’effervescence se produit c’est donc que nous sommes en présence de sang ; mais  cela manque de fiabilité car on constate que la même réaction se produit si on remplace la sang par du jus de fruit ou du lait.

 

-          Les méthodes de certitude : elles permettent de mettre en évidence certains dérivés chimiques caractéristiques de l’hémoglobine.

       On recherche au spectroscope (on place le sang dans le spectroscope adapté) , l’hémochromogène alcalin qui est un dérivé chimique obtenu à partir de l’oxyhémoglobine du sang.       

       On peut également traiter l’hémoglobine par un acide : elle se dissocie alors, et l’une de ses parties donne le chlorhydrate d’hématine qui cristallise en prismes allongés à angles aigus, bruns violacés, caractéristiques (cristaux de Teichmann).

 

Animal ou humain ?

       Maintenant que nous sommes sûrs d’être en présence de sang, il faut en déterminer l’origine. Mais comment savoir si ce sang est celui d'une victime humaine ou celui d'un animal ? On peut répondre à cette question avec des sérums précipitants.

       Un peu d’histoire…

       C’est en 1901 que le biologiste allemand Paul Uhlenhuth observe, par des expérimentations sur des lapins, les réactions de défense du sang qui crée des anticorps. Il développe ensuite une méthode permettant, sur la base des précipités produits par le mélange avec des sérums d’animaux, de différencier le sang humain du sang animal et d’autres substances, et ce même sur des taches séchées.

       Détaillons un peu plus ce procédé…    

   La plus grande différence entre le sang humain et le sang d’animaux proches de nous biologiquement (primates, cochons, …), ce sont les antigènes Ces molécules sont en général des glycoprotéines (un mélange de protéine et de sucre complexe) et sont présentes sur la membrane des cellules.

       Le test à la précipitine repose sur la réaction classique antigène-anticorps.  Pour obtenir le réactif, un « sérum anti-humain », on injecte dans un lapin vivant un peu de sang humain.  Le dernier est reconnu comme un corps étranger donc un antigène par le lapin.  Ce dernier commence à élaborer des anticorps contre le sang humain.  Après quelques jours, on prélève sur ce lapin le sérum de son sang, un sérum anti-humain qui sert au test de la précipitine.

 

Test lapin

Injection

                                     Prélèvement

 

                                                                          Conditionnement du sérum

 

Test :

       Dans une pipette capillaire contenant une goutte de sérum anti-humain on dépose l’extrait salin du sang collecté sur la scène de crime : lorsqu’il s’agit de sang humain, on voit apparaître à la jonction des deux solutions en contact (deux à cinq minutes après le début du test) un anneau de précipitation blanchâtre qui devient de plus en plus dense. Au bout de vingt minutes, il se forme un précipité blanc, résultant d’une réaction  antigénique entre les anticorps présents dans le sérum et les protéines humaines (antigènes) présentes dans l’échantillon (il y a donc agglutination ou précipitation entre antigènes et anticorps).

            Si la réaction n’a pas lieu, on peut conclure qu’il ne s’agit pas de sang humain.

Anneau2

 

 

2-    Recherche d’éventuelles traces de sang au moyen du luminol qui rendra visible du sang qui a été nettoyé.

       Les criminels un tantinet précautionneux (tous ne le sont pas) mettent beaucoup de soin à effacer les traces de sang. La plupart du temps en vain, comme l’ont popularisé les films et les séries télévisées mettant en scène la révélation des traces dans les scènes qui semblent procéder d’une chimie magicienne.

       Et le luminol fut…

       Une simple exposition à une lampe à ultraviolet aide à repérer les traces. Mais elle ne suffit pas si l’endroit a été nettoyé. Plusieurs révélateurs peuvent alors être employés. C’est en fait le fer contenu dans l’hémoglobine des hématies qui sert «  d’indic » aux deux principales substances utilisées : la fluorescéine et le luminol. La première brille quand elle est soumise à des ultraviolets. La seconde a été développée aux Etats-Unis afin de permettre aux chasseurs de suivre le gibier blessé, puis améliorée en France pour une application à l’enquête criminelle sous la forme de Blue Star. Une particularité explique son succès auprès de nombreuses forces de police du monde entier : il ne détruit pas l’ADN !

       La lumière bleue

       Dans une pièce plongée dans l’obscurité, le Blue Star est pulvérisé à environ un mètre de distance sur les surfaces horizontales puis verticales. Une lumière bleue fluorescente  révèle les traces de sang jusqu’à une dilution de 1/10 000. Autre mesure : avec un litre de sang versé, il faudrait 200 litres d’eau pour faire disparaître les traces. D’autant que le sang peut facilement s’être incrusté dans des interstices comme ceux du carrelage. Le Blue Star peut certes produire des « faux positifs »  en réagissant à certains produits d’entretien comme la javel qui contient du sodium et sert « souvent » au nettoyage des scènes de crime. Mais la fluorescence est alors plus rapide et plus brève, minimisant ainsi les risques de confusion.

       Mais comment se fait-il que le sang devienne fluorescent au contact du luminol ?

       Le Luminol est un composé organique qui devient luminescent dans certains milieux oxydants (milieux qui acceptent des électrons). Il a été synthétisé pour la première fois par trois chimistes américains en 1934 : Parker, Stanley et Huntress mais sa chimiluminescence n’a été découverte qu’en 1942 par Weber.

Luminol- forme cyclique car refermé sur lui même

Forme cyclique du la molécule de luminol (elle se referme sur elle même)

 

Que se passe-t-il lors de la réaction entre le luminol et le sang ?

       Le Luminol est une molécule qui réagit directement avec l’eau oxygénée. Cette eau oxygénée va oxyder le luminol qui va ensuite dégager son surplus d’énergie sous forme de photons.

Pourquoi a-t-on donc besoin de sang pour produire une réaction avec le luminol ?

       Le luminol dégage une lumière en présence d’eau oxygénée. Seulement, cette réaction est très lente, elle se compte en mois ce qui fait que cette réaction n’est pas très utile…

       Par contre, lorsque l’on ajoute du fer à cette eau oxygénée la réaction se produit immédiatement. Donc, lorsque l’on parle de réaction entre le luminol et le fer contenu dans l’hème de l’hémoglobine des hématies du sang, le fer ne fait qu’accélérer cette réaction, il joue un rôle de catalyseur.   

expresse-detective-luminol

Luminol                   Luminol

 

 

 

 

 

Luminol

PHOTOS BLUE STAR®

      Sur cette photo on peut voir, grâce au Blue Star, qu’une empreinte de chaussure est apparue. Elle permettra aux enquêteurs de savoir la pointure du criminel et de la comparer aux différentes personnes concernées par l’enquête afin de retrouver un suspect.

 

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